L'histoire
L’une des plus fameuses légendes perses met en scène un prince indien et son conseiller.
Le prince, ayant connu toutes les expériences possibles, passait ses journées à s’ennuyer. Il fit venir un jour tous ses sages et leur dit : « Trouvez moi un moyen de rendre mes journées intéressantes et je satisferai n’importe lequel de vos désirs ». Un des sages lui apporta un nouveau jeu : le jeu d’échecs était né.
Le prince trouva ce jeu si excitant et si beau qu’il y joua sans cesse. En récompense, le sage demanda : « Je veux tout le blé que l’on pourra obtenir en posant un grain sur la première case de l’échiquier, deux sur la deuxième, quatre sur la troisième, huit sur la quatrième, etc…jusqu’à la 64ème case.»
Le prince, étonné par la modestie de la demande, ne se rendit pas compte que celle-ci allait vider tous les greniers de son royaume.
En effet le nombre de grains de blé atteint la somme astronomique de 264 -1 soit 18 446 744 073 709 551 615, une quantité qui ne pourrait être obtenue qu’en cultivant plusieurs fois la surface de la terre !

Du début de notre ère jusqu’au XIe siècle, par le commerce et les échanges, le jeu d’échecs passa de l’Inde en Perse et de Perse à la cour des princes arabes qui, grâce à leur passion du jeu, contribuèrent beaucoup à son développement.
L’interdit religieux ne facilite pas les choses et pour détourner la censure des religieux, les savants et lettrés mettent en avant l’aspect scientifique et notamment mathématique du jeu. C’est à cette époque que des joueurs connaissent une certaine renommée comme As-suli, Al-ladli ou plus encore Al-laglag, auteur d’un des premiers livres sur la théorie des Échecs.
Au Haut Moyen-Âge, il est introduit en Espagne par les conquérants Maures et se répand à travers toute l’Europe dans le sillage des troubadours, poètes et autres ménestrels.
Quelques modifications de règles le rendant plus attractif, il devient également plus populaire. Les Italiens sont considérés comme les meilleurs joueurs de l’époque. Au XIIIe siècle, l’engouement pour les Echecs s’intensifie. Il devient l’objet de paris. Des sommes considérables sont jouées, provoquant l’intervention des pouvoirs publiques et religieux et aboutissant à l’interdiction totale de sa pratique en 1254 par Saint-Louis.
Cependant, le jeu fut réhabilité par son utilisation métaphorique et symbolique dans des textes moralisateurs tel Le Miracle de Théophile, par Gauthier de Coincy (selon le spécialiste Bernard Lucas).

La Renaissance est une sorte d’apogée de la culture échiquéenne. Au cours de cette période se développe l’idée de la maîtrise du hasard par ses propres capacités intellectuelles, ce qu’incarne à merveille le jeu d’échecs. Les premiers joueurs professionnels font leur apparition : Ruy Lopez, prêtre de Segura perçoit une rente à vie de 2 000 couronnes annuelles comme premier joueur d’Europe. Peu à peu le jeu d’échecs est réhabilité par l’Église.
Le début du XVIIIe siècle voit l’apparition des premiers cafés. Le plus célèbre au plan échiquéen se nomme Le Café de la Régence à Paris. C’est là que se produisent les premiers grands joueurs de l’époque moderne, comme Legal, considéré comme le champion de son époque, qui donna son nom à un mat très connu des joueurs et surtout Philidor, génie des échecs qui, à 12 ans, battit son maître, Legal lui-même.
Philidor, en révolutionnant la façon de jouer, est un père fondateur dans l’histoire des Échecs (entre autre exploit, on peut rappeler qu’il fut le premier à affronter 3 joueurs simultanément sans regarder les échiquiers de toute la partie !).
La fin du siècle est moins propice ! « Le jeu du roi » s’accordant mal avec la Révolution Française, le Directoire fait fermer les cercles d’échecs en 1796. Mais tout rentre dans l’ordre avec Bonaparte.
Au XIXe siècle naissent les premières revues d’échecs. La première de toute est française : Le Palamède créé par La Bourbonnais. La plus importante est anglaise : The Chess Player’s Chronicle de Staunton, le joueur le plus marquant du moment (Bien connu des joueurs d’échecs pour avoir donné son nom au style des pièces du jeu moderne).
Cette époque est marquée par la naissance des premiers tournois d’échecs. Le tout premier fut organisé lors de l’Exposition universelle de Londres en 1851 par Staunton qui, se sachant un des meilleurs joueurs du monde, voulut, en quelque sorte se consacrer « Champion du Monde ». Il fut, à sa grande déception, battu par l’allemand Anderssen.
Celui-ci est alors considéré comme le meilleur joueur de son temps… Jusqu’à l’arrivée d’un jeune et prodigieux joueur : l’américain Paul Morphy. De 1857 à 1858, Morphy bat successivement les meilleurs joueurs américains, anglais et français. En décembre 1858, il rencontre à Paris Anderssen et le domine très nettement sur le score de 7 à 2. En 1859, et n’ayant jamais connu la défaite, Morphy se retire du monde des échecs pour devenir avocat. Il meurt en 1884 à l’âge de 47 ans.
Sa devise « Aidez vos pièces, elles vous aideront » annonce les grands principes stratégiques qui seront bientôt énoncés par Wilhelm Steinitz, le futur champion du monde.

A la fin du 19ème siècle, le joueur autrichien Wilhelm Steinitz bouleverse profondément la façon de jouer aux échecs. Sa conception du jeu d’échecs rompt définitivement avec le style d’attaques des échecs romantiques. Il est considéré depuis comme le père fondateur de la stratégie moderne.
En 1886, il applique ses théories contre le polonais Zukertort et gagne le matche par 10 victoires à 5. Il devient du même coup le premier champion du monde officiel d’échecs.
A cette époque, l’usage veut que le champion en titre choisisse son challenger :
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En 1894 Emmanuel Lasker bat Steinitz 12 à 7 : pour lui les échecs sont un combat mental.
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En 1921, José Raoul Capablanca bat Lasker 9 à 5. Il est surnommé « l’Invincible ».
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En 1927 Alexandre Alekhine bat Capablanca 18,5 à 15,5. Pour Alekhine la partie d’échecs est une œuvre d’Art.
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En 1935 Max Euwe bat un Alekhine diminué 15,5 à 14,5. Ce dernier récupérera son titre en 1937 en battant Euwe 15,5 à 9,5
Après la deuxième guerre mondiale, la FIDE organise un tournoi des candidats pour désigner le challenger.
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En 1948, Mikhaël Botvinnik gagne le 1er tournoi des candidats et devient le 6ème champion du monde d’échecs. Sa victoire basée sur une approche scientifique des échecs témoigne de la volonté soviétique de prouver la supériorité de leur modèle politique.
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En 1957 Vassily Smyslov bat Botvinnik 12,5 à 5,5. En 1958 Botvinnik gagne le match revanche.
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En 1960, Mikhaël Tal bat Botvinnik 12,5 à 8,5. En 1961, Botvinnik gagne le match revanche.
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En 1963, Tigran Petrossian bat Botvinnik 12,5 à 9,5
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En 1969, Boris Spassky bat Petrossian 12,5 à 10,5
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En 1972 Bobby Fischer bat Spassky 12,5 à 8,5
C’est l’individualisme américain qui domine le système soviétique. L’impact médiatique du match qui se déroule en pleine guerre froide est énorme.
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En 1975 Anatoly Karpov devient champion du monde sans jouer en raison du forfait de Fischer.
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En 1985 Garry Kasparov bat Karpov 13 à 11 et devient à 22 ans le plus jeune champion du monde de l’histoire.
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En 2000 Vladimir Kramnik bat Kasparov 8,5 à 6,5
Mais le titre de Kramnik n’est pas reconnu par La FIDE qui organise ses propres championnats du monde sous la forme de tournoi. En 1999 le vainqueur est Alexander Khalifman, en 2000 Viswanathan Anand, en 2001 Ruslan Ponomariov , en 2004 Rustam Kasimdzhanov et en 2005 Veselin Topalov.
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En octobre 2006, la FIDE parvient enfin à réunifier le titre mondial en organisant un match entre les deux prétendants. Kramnik bat Topalov 7,5 à 6,5 et devient désormais le seul champion du monde officiel.
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Depuis, Kramnik se fit battre par l’indien Viswanathan Anand qui devint le nouveau champion du monde des échecs.
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En 2010, Anand défend avec succès son titre contre le bulgare Topalov.
Au XXe siècle, le besoin d’organisation et de régulation au niveau mondial se fait sentir. En juillet 1924, création de la FIDE (Fédération Internationale Des Échecs) dont le premier travail a été d’officialiser le titre de champion du monde et d’organiser le premier tournoi mondial par équipe au sein des Jeux Olympiques. Cependant, le statut professionnel de nombreux joueurs ne s’accordant pas à l’esprit olympique, la FIDE s’en détacha rapidement.
Au congrès de Venise 1929 sont ratifiées par écrit les règles officielles et internationales du jeu d’échecs.
En 1971, la FIDE choisit le système de statistiques du professeur de mathématique Arpad Elo pour classer les joueurs d’échecs. Ce classement porte le nom de son inventeur : le classement ELO (à l’origine, ce calcul avait été imaginé pour le tennis).
Avec ce système un joueur débutant vaut environ 1000 pts. Elo. Le plus haut classement a été atteint par Garry Kasparov en juillet 1999 avec 2851 pts.

À signaler, enfin, l’étrange combat homme/machine. L’intelligence artificielle ayant fait d’énormes progrès, notamment grâce aux recherches sur les logiciels d’échecs, nous assistons à des affrontements titanesques que l’homme peine désormais à maîtriser.
A la fin du mois de novembre 2006, le nouveau champion du monde Vladimir Kramnik affrontera en match de 6 parties la version 10 du plus célèbres des programmes d’échecs : « Fritz ». Le tas de silicium et d’électroniques, capable de calculer près de 8 millions positions par secondes, part favori !
On pourra cependant regretter ce qui fait avant tout la beauté du jeu au-delà du froid calcul, l’engagement souvent total et farouche de deux volontés, avec son cortège de sentiments presque palpables à l’observation, tels que la fierté, l’angoisse, la rage, le découragement ou la joie sans limite du gain. |